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Monday, November 15, 2010

[EN FRANCAIS] Le bel univers de Madjo

De It's Pop!
Arrivée dans le paysage musical il y quelque mois la jeune et jolie Madjo offre un cocktail rafraîchissant de pop mâtinée de soul avec son premier album Trapdoor. Mélangeant anglais et français avec une aisance totale au gré des douze morceaux de son disque, elle affiche une belle personnalité et une indépendance certaine. De la conception de son album à sa promotion, en passant par la gestion de sa vie online, elle garde la main en harmonie avec un label qui a compris son intérêt à ne pas enfermer ni limiter son artiste.

Trapdoor est un bel album rempli de titres joliment travaillés mais jamais départis d'un certain grain d'originalité. Un son parfois brut, que la voix chaleureuse de Madjo sert à merveille. Si certains titres demandent quelques écoutes pour convaincre tout à fait (Le Coeur Hibou, Cracheur de Feu), le charme indéniable des compositions opère. Sans compter que nombre de chansons font figure de tubes. On pense évidemment au premier single, le dynamique Nid des 100 soucis (dont vous pouvez découvrir le clip ci-dessous), mais également l'entêtant Leaving My Heart ou encore Mad Mind ou Je Claque Des Doigts. Petite note personnelle, les titres en anglais semblent plus efficaces mais les textes francophones n'ont pas à rougir, puisqu'ils se font l'écho d'un univers séduisant et cohérent.

Sur disque comme en vrai, Madjo est une jeune femme immédiatement sympathique, vive et pleine d'humour. Une belle rencontre que je vous propose de retrouver ci-dessous, de même qu'une playlist composée par ses soins. N'hésitez pas à découvrir Trapdoor, assurément l'une des révélations de cette année qu'on espère retrouver en lice pour les prochaines Victoires de la Musique. Ce serait la moindre des choses, et un beau coup de projecteur pour une jeune femme qui le mérite.

Pour écouter l'album de Madjo, c'est par ici !

Concert : Madjo sera à la Maroquinerie le mardi 16 novembre et est actuellement en tournée un peu partout.


 Qui es-tu Madjo ? Et quelle est la genèse de ton album Trapdoor ?

Madjo : J’adore cette question... Elle est tellement vaste ! (rires). Alors... la Madjo d’aujourd’hui... Je viens de sortir mon premier album “Trapdoor”, donc c’est une période riche en émotions. Je suis très soulagée que ce soit sorti, j’ai mis du temps pour y arriver. J’ai travaillé avec un réalisateur/arrangeur qui s’appelle Sébastien Lafargue, avec qui on s’est enfermés pendant presque deux ans. On a bossé dans une espèce de bureau avec un protools, des micros, des guitares, des claviers, des amplis le tout dans 10m2. D’où l’idée de cette trappe qui donne son nom au disque. Pendant tout ce temps on a cherché, jeté, bricolé, et puis on a fini par arriver là où on est aujourd’hui. Donc cet album est vraiment le fruit d’une collaboration. Je ne l’ai pas fait toute seule, j’aime appuyer cet aspect là. La rencontre artistique a été très très forte autant pour les textes (que je n’écris pas systématiquement seule) que pour la musique. Voilà, Madjo, c’est un peu tout ça !

Pourquoi avoir pris le parti de chanter à la fois en anglais et en français et ne pas te cantonner à un style ? C’est risqué de proposer un album pas homogène, non ?

C’est vrai, mais j’ai quand même l’impression que la patte vocale est toujours présente. Je me suis autorisée ces deux langues-là parce que pour l’anglais d’une part c’est un reflet de mes influences, c’est ce que j’aime. Beaucoup d’artistes que j’écoute sont anglo-saxons. Le français d’autre part, c’est ce que je suis, c’est ma langue maternelle. J’y mets autre chose. D’ailleurs ma voix n’est pas la même dans les deux langues. Il y a vraiment deux histoires différentes, qui en même temps se rejoignent je pense. C’est aussi pour cela que j’ai mélangé les titres. Il n’y a pas une partie “en français” et une autre “en anglais”.

Tu évoquais tes influences, justement quelles sont-elles ?

J’écoute beaucoup de choses... Je suis admirative de la scène new-yorkaise, plus précisément celle de Brooklyn, qui en ce moment est tellement riche ! Après la scène nord-américaine en général. J’adore Sufjan stevens, Arcade Fire, The National... J’ai écouté beaucoup de femmes aussi Rickie Lee Jones, Joni Mitchell... Et puis bien sr il y a les classiques, Stevie Wonder, Ray Charles, les Beatles qui sont peut être pas vraiment rock, mais moi je n’ai pas les classiques genre Rolling Stones... Mo père écoutait Led Zepplin, du rock progressif. Ça, c’est plus ce que j’ai pu entendre à la maison.

Tu as baigné dans un milieu musical ?

Non pas vraiment. Mes parents écoutaient beaucoup de musique... Enfin quand je dis mes parents, c’est aussi mon oncle, qui écoutaient énormément de choses, ma grand-mère qui était un folle de musique noire-américaine, donc du coup tout s’imbrique. J’ai un bel héritage de tous ces passionnés.



 

Je reviens sur le choix de chanter en anglais. A-t-il été difficile à imposer à ton directeur artistique ?

Non, c’est fini ça ! Ca n’existe plus parce que je pense que les maisons de disques ont du faire face à internet. Ca a ouvert les frontières, dans le sens où des artistes comme Phoenix par exemple, ont commencé à chanter en anglais alors qu’internet n’avait pas la puissance d’aujourd’hui. Il se sont exportés et ont eu du succès à l’étranger avant même de marcher en France. Je pense qu’il n’y a plus de barrières à se mettre. On a longtemps été très craintifs, et les choses changent.
J’ai de la chance, les gens ne m’identifient pas par rapport à la langue dans laquelle je chante. Ils m’identifient d’abord par rapport à la musique. Peu importent les mots. Ils sont un support qui vient se poser sur la musique. Je ne pense pas “français/anglais”. Je ne me dis pas “ah on m’a entendu sur Le Nid Des 100 Soucis et en même on m’a entendu sur Nova avec Leaving My Heart”.
Ok le marché est hyper normé, mais ce n’est pas quelque chose qui me parle. Je prends des risques, je le sais, mais d’autres avant moi l’ont fait sans problème. Aujourd’hui un artiste est un artiste “du monde”, et souvent on veut nous barricader, nous mettre des frontières, mais moi je n’ai pas envie de ça.

Pour rester sur les problématiques liées à internet, tu as la “chance” de sortir ton premier album chez une major (Mercury/Universal ndr), alors que le nombre de signatures d’artistes décroît et surtout dans un contexte économiquement difficile pour l’industrie du disque (d’autant plus pour pour les jeunes artistes). Par ailleurs on note pas mal d’initiatives pour essayer de changer les choses (crowdfunding, direct to fan...). Quel est ton regard sur tout ça, et sur le fait d’être en major et donc de bénéficier d’un soutien plutôt fort ?

Franchement, y’a du bon et du moins bon dans tout ça. Quant à mon histoire personnelle, et au fait d’être en major, on va dire que je ne croulais pas sous les demandes avant, donc j’ai trouvé ça risqué de la part d’Universal de me signer !
Je lisais tout à l’heure dans les Inrocks que Radiohead venait de finir son nouvel album et qu’ils ne savaient pas comment il allaient le sortir. Un des membres du groupe disait (je ne sais pas si ça a été déformé) que ce côté “support” d’un label, d’une équipe lui manquait. Moi je ne difféencie pas major/indé pour moi ce sont des labels avec des gens qui travaillent. Le reste ne veut pas dire grand chose. Je crois encore qu’on a besoin de gens autour de nous, et puis surtout d’interface humaine. Ce qui me fait peur parfois, et pourtant je suis quelqu’un qui utilise internet, et je trouve ça génial, je suis inscrite sur Spotify, je leur donne 10€ par mois et je l’avoue, j’achète moins de disques qu’avant, mais je pense qu’il ne faut pas perdre vue le côté humain des choses. Je suis contente de pouvoir me pointer ici (les superbes bureaux/studios de son équipe de management dans un îlot de calme à deux pas de la place de la République), de voir mon manager, de pouvoir l’appeler, d’avoir un vrai rapport avec les équipes. On peut retrouver ça sur internet aussi, dans une moindre mesure, mais un mélange des deux, c’est super important, c’est un équilibre à trouver.
Les trucs comme My Major Company, je suis un peu mitigée, j’ai l’impression qu’on veut aller trop vite alors que les artistes doivent avoir le temps de se développer. Là on les met en avant avant même que le projet ne soit prêt, et ça casse la magie, et ça entretient le zapping...

Toujours sur internet, quel est ton rapport aux réseaux sociaux ? Est-ce quelque chose qui te touche ou pas ?

J’aime bien garder les rênes, donc je ne suis pas présente partout. La maison de disques m’a crée un compte Twitter, mais ça ne m’intéresse pas du tout, ce n’est pas mon truc. Je m’occupe du Facebook, avec le label, je le fais vivre aussi, le site pareil. Je l’ai crée sous forme de blog parce que je voulais quelque chose de simple.
Non mais ça m’intéresse ! Je suis très curieuse de tout ça. C’est bien pour créer un lien avec les “fans” mais il faut aussi savoir s’en détacher aussi. Tout le monde y va de son avis (sur iTunes, Deezer, par exemple) et ça peut être un peu dur pour un artiste de lire des commentaires négatifs. Sinon ce que j’aime bien c’est pouvoir créer des contacts immédiats pour des interviews, des captations sans forcément avoir à passer par la maison de disques.
En gros pour moi internet c’est une question de dosage. Aujourd’hui avec les blogs tout le monde peut donner son avis et les gens ont l’impression d’avoir une importance qu’ils avaient peut être moins avant. Quand tu es artiste je pense qu’il faut se protéger, il ne faut toujours chercher à savoir ce que l’ont dit de toi.
Sinon les encouragements, les mots sympa, c’est porteur de bonne énergie, ça donne envie de continuer alors rien que pour cet aspect, ça vaut le coup.

Quand on est une jeune artiste qui évolue dans le cadre disons structuré d’une major, comment envisage-t-on la problématique du piratage, de la rémunération des artistes et d’Hadopi ?

Pour ce qui est du label, on connaît leur position. Ce n’est pas forcément la mienne. Je ne suis pas du tout pour Hadopi, je trouve que c’est une mesure hypocrite. En permettant aux gens d’accéder à internet à haut débit, en leur fournissant des supports pour télécharger et partager la musique, on savait très bien ce qui se passerait. Il faut prendre ses responsabilités et arrêter de prendre les gens pour des cons. En revanche je pense que sensibiliser les gens à la valeur de la musique, c’est important. Rémunérer les artistes pour leur travail c’est primordial. Je suis pour une licence globale, que les gens paient des abonnements. Prenez Spotify, c’est très bien. Pour 10€ par mois on a accès à toute la musique qu’on veut et si on a envie, on peut aller l’acheter après.

Ceci dit Spotify pose le problème de la rémunération, non ? Un artiste ne gagne pas d’argent grâce à ça.

C’est sûr que c’est un problème. C’est comme Myspace, qui n’a jamais rien reversé aux artistes. Pourtant on est tous sur Myspace. Moi aujourd’hui je en peux pas me permettre de ne pas être sur ce type de plateformes, ne serait-ce pour permettre aux gens de connaître ma musique.
Il ne faut pas se mentir, aujourd’hui c’est la scène qui fait vivre les artistes.

Ton univers visuel semble très travaillé. De quoi se nourrit-il ?

Il se nourrit beaucoup de cinéma, notamment américain (encore une fois !). J’aime cette liberté qu’on retrouve notamment chez Spike Jonze et qui est loin de l’académisme français. Bon après, un mec comme Michel Gondry, qui est français et que j’adore, est parti là-bas pour travailler. J’adore ce type d’univers très marqué.
Je travaille avec de jeunes photographes, parmi lesquels ma sœur. C’est un peu ma Haus of Gaga à moi ! On avance ensemble, et on réfléchit beaucoup : du coup il y a du bon et du moins bon, mais on apprend beaucoup. Pareil pour le clip, je suis ravie du résultat. On l’a fait avec très peu de moyens, et le rendu est super. C’est moi, je m’y retrouve !

Qui sont tes artistes du moment ?

Je suis totalement fan d’Aloe Blacc, j’adore I Need A Dollar. En ce moment j’écoute beaucoup Animal Collective, le dernier album de Grizzly Bears a été une grosse claque aussi. Et le groupe Junip, qu’a formé José Gonzalèz : c’est très beau. Le dernier album des Black Keys est fabuleux, et sinon le dernier Arcade Fire.

De It's Pop

 Avec qui rêverais-tu de collaborer ?

Je ne sais JAMAIS quoi répondre à ça ! Bon si je devais enregistrer un duo demain matin, je dirais Ben Harper, je le trouve très charismatique. Sinon j’adore le travail de Patrick Watson alors pourquoi pas lui. Son univers est très cinématographique, j’aime beaucoup. Patrick, si tu m’entends... ! 


Un artiste ? Un album ? Une chanson ?

L’artiste, on va dire Bon Iver. Un album “High Violet” de The National. Et la chanson je dirais Shadow Boxer de Fiona Apple.

Playlist (lien Spotify)

1) Une chanson pour se réveiller le matin
Elliot Smith - Between The Bars
2) Une chanson pour le sport
Phoenix - 1901
3) Une chanson à chanter sous la douche, en mode rockstar
Feist - Mushaboom
4) Une chanson à fredonner dans la rue
The Shins - Australia
5) Une chanson à mettre à fond dans la voiture
Arcade fire - No Cars Go
6) Une chanson pour bouger son corps sur le dancefloor
Empire Of The Sun - Walking On A Dream
7) La chanson de soirée ultime
Michael Jackson - Don’t Stop till You Get Enough
8 ) Une chanson spéciale déprime
Jeff Buckley - So Real
9) Une chanson pour s’amuser sous la couette…
La BO d’American Beauty
10) Les plaisirs coupables.
Mariah Carey - Heartbreaker
11) La chanson dont elle ne se lassera jamais
Jeff Buckley - Hallelujah
12) Sa chanson du moment
Cat Power - Don’t Explain
13) Le premier disque qu’il ait possédé.
Fiona Apple - Tidal
14) La dernière chanson qu’il ait écoutée
Phoenix - Fences

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