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Wednesday, February 02, 2011

[ZAZIE 24/7] Mercredi : SWOT-moi


Titre du jour : J'aime J'aime Pas (album Rodéo, 2004)


C'est quoi, un SWOT ? Pour les non marketeux d'entre vous, une explication s'impose. Le SWOT (pour Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats) est un graphique utilisé en marketing pour cartographier les forces, faiblesses, opportunités et menaces d'un produit. Les deux premières notions sont intrinsèques à celui-ci, les deux dernières dépendent de son environnement extérieur. Voilà pour la partie technique.

Considérons que Za7ie est un produit (boooh, le méchant, il ne respecte pas l'art), et appliquons-lui a posteriori, soit cinq mois après sa mise sur le marché, l'analyse préférée des chefs de produits. (Note personnelle : qui a déjà utilisé un SWOT hors d'un cas pratique d'école de commerce ? Qu'il/elle se dénonce, moi j'attends toujours de m'en servir…).

Za7ie étant plus qu'un album, ainsi que nous l'avons vu hier, il s'expose a davantage d'écueils mais a également plus d'occasions de briller. Pour porter un tel projet, l'artiste comme son entourage se devaient de voir grand. Ou du moins d'adapter la communication autour du concept à l'ampleur de celui-ci.

Passons à l'analyse, si vous le voulez bien. 

S - Forces

- La force principale de Za7ie, c'est le concept lui-même. De par sa dimension et son originalité, il interpelle immédiatement. Les fans tout d'abord, premiers enclins à prêter une oreille attentive aux 42 titres (et un oeil ou deux aux 7 vidéos). L'ambition manifeste de l'entreprise place son interprète dans une position de quasi-pionnière qui tranche avec l'immobilisme de mise en France, où l'ambition dans la pop est rarement récompensée (Alizée, si tu m'entends…).

- Véritable réussite, l'aspect visuel du projet s'inscrit dans la continuité des artworks de grande qualité développés par Zazie pour chacun de ses projets, depuis Made In Love notamment (1998). On se souvient des splendides visuels développés pour les campagnes de Rodéo (2004) et Totem (2006). Avec la complicité de Laurent Seroussi, Zazie a encore une fois su créer un véritable univers autour de sa musique. La thématique de la maison abrite avec brio les différentes atmosphères véhiculées par chacun des EPs et contribue à renforcer l'aspect maîtrisé de l'ensemble.


- Une réussite, qui si elle paraît évidente, me semble être passée au second plan : les chansons. Si comme je l'ai dit mardi, tout n'est pas au niveau, bon nombre de titres s'avèrent au niveau des meilleures productions de Zazie. Entre expérimentation sur son propre style, morceaux plus classiques et détours surprenants, la route des 42 titres s'avère plus intéressante à mesure des écoutes. Un bon point.

- Pour finir, un élément plus bassement mercantile, mais loin d'être anodin : le prix : avec l'intégrale des EP en CD à 25€ (et 80 pour le super-collector), on ne peut pas reprocher à Mercury d'avoir voulu saigner les fans et les autres. Bravo bravo.

W - Faiblesses

- La faiblesse principale de Za7ie, c'est le concept lui même. De par sa dimension et son originalité, il a de quoi rebuter les non-fans. Je m'explique, au lieu de me répéter. En proposant au public un objet non-immédiatement-identifiable, Zazie a pris le risque de décourager une partie de son public, celui qui la suivait sans pour autant être prêt à investir son temps (et son argent) dans plus de quarante chansons (dont 7 de "relaxation", rappelons le). Certes le digital permet une consommation à la carte, mais force est d'avouer que ce principe décrédibilise l'objectif même du projet, à savoir proposer un objet qui sort de l'ordinaire.


- En insistant plus sur la mécanique du projet que sur la musique elle-même (pourtant au centre des choses), il me semble que beaucoup sont passés à côté du principal. Certes, attirer l'attention sur l'idée audacieuse était un bon moyen d'intéresser le public et de l'amener à découvrir les titres les moins accessibles comme les "tubes", mais j'ai eu l'impression de plus entendre les médias évoquer les sept EPs, la boulimie d'inspiration de Zazie et la commercialisation inhabituelle du résultat que la musique elle-même. Encore fallait-il écouter l'ensemble et ne pas se contenter des 14 titres de "l'album", pour pouvoir en parler correctement…


- Les choix des singles sont selon moi pour beaucoup dans le succès mitigé du projet. Commencer la campagne avec Avant L'amour (aussi bonne que soit la chanson), qui est loin d'être le titre le plus efficace, a fortement compromis la dynamique du succès, d'autant que le single est sorti bien trop tôt par rapport au reste. On pouvait imaginer, avec la mécanique d'un EP par semaine, que l'on s'éloignerait du schéma classique de "single" pour proposer un extrait de chaque EP et ainsi attiser l'intérêt autour de chacun d'entre eux. Au contraire, pour le moment, les deux singles choisis pour porter la campagne ont échoué à s'imposer, même si le second Etre et Avoir, avait un potentiel intéressant. Le troisième, Chanson d'Amour, fera-t-il mieux ? Rien n'est moins sûr.

O - Opportunités

- Si la campagne semble déjà trop entamée pour compter sur un tube surprise (quoique, sortir L'amour Dollar ne ferait de mal à personne), on peut imaginer que certains titres prendront une toute autre dimension sur scène. L'une des grandes forces de Zazie est sans conteste de savoir donner vie à ses morceaux en concert, en les parant d'un éclat qui parfois leur manque sur disque. J'ai donc dans l'idée qu'une grande partie de la vie de "7" se fera sur les routes et les scènes. Pour une grande partie des 42 titres, un petit tour hors de la maison risque de se révéler plus que bénéfique.

- Remixes, single retravaillé (tiens, ce sera le cas pour le nouvel extrait Chanson d'amour, comme à l'époque pour Excuse-Moi et Oui de l'album Rodéo), album live, duo inédit… les cartes à abattre sont nombreuses pour raviver l'intérêt du public. Cependant est-ce bien utile ? Le projet est à mon avis suffisamment conséquent pour ne pas en rajouter.

T - Menaces

La seule menace plausible ? Que les Enfoirés ne reprennent aucune chanson de Za7ie ces deux prochaines années. ;) Ou pire. Que Patrick Timsit, Michelle Laroque, Mimie Mathy et Patrick Fiori se mettent en tête d'interpréter Tindfjöll lors de l'édition 2012. La fin du monde serait alors effective.

2 comments:

Josef said...

J'adore l'analyse SWOT, pas bête de l'avoir appliqué au projet Za7ie! Et le paragraphe "Menaces" est tout simplement hilarant!!!

JulienLootens.com said...

Je ne connaissais pas SWOT alors merci pour ca :) Je l'ajoute a ma liste, il figurera en bonne place parmi d'autres concepts : autosolisme, clonosexuel, clavardage, Ereputation, widgets... :) Je prévois d'en tirer un livre un jour.