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Tuesday, July 17, 2012

[LIVE REPORT] MADONNA'S MDNA TOUR part 1 by @damitago

J'aime beaucoup Damien, qui sévit sous le nom de @damitago sur Twitter. Toujours drôle et doté d'une pop culture à toute épreuve, il a en plus le bon goût d'être un fan éclairé de Madonna. De ceux qui savent reconnaître quand elle fait n'importe quoi (I'm looking at you, Hard Candy!) mais qui surtout savent la célébrer quand il le faut. Il a assisté au MDNA Tour à Amsterdam, dans une arena donc, au contraire de moi qui l'ai vécu au Stade de France. Je vous propose de découvrir son live report (avant le mien plus tard dans la journée). Globalement nous sommes d'accord : le MDNA Tour démonte. 



On croyait l’avoir perdue. 

En 2008, Madonna sortait le premier mauvais album de sa carrière. Déjà ringard à peine sorti, « Hard Candy » était un disque de pop industrielle, pas inspiré, sans âme, ni joie, ni souffle, où pour la première fois depuis « Bedtime stories » Madonna ne cherchait ni ne trouvait le son pop du moment, mais se remettait à des producteurs-stars pour lui offrir le son en vogue (ou plutôt, le son en vogue 2 ans avant). La tournée qui suivait, le « Sticky & Sweet Tour », était à son tour la première mauvaise tournée de sa carrière. N’ayant plus d’idées nouvelles, elle y recyclait des idées jusqu’à se singer elle-même, se reposant sur des petites chorégraphies dignes d’un show de Loana sur un parking, au son de remix/mash-up bourrins d’une vulgarité inqualifiables. Avec sa gueule chirurgiée de poupée russe, dans de pathétiques tenues censées la rajeunir, elle parcourait sans fin pour la première fois les stades d’endroits invraisemblables, et on se disait que son contrat avec Live Nation avait finalement réussi à ce que la business woman prenne le pas sur l’artiste. Le nouvel album, « MDNA », était vite fait, sans âme, bourré de chansons sur lesquelles elle n’avait manifestement eu aucune implication créative. 

L’absence de promo, les clips vite faits, l’annonce immédiate de la tournée achevait de convaincre que pour elle, la musique n’était plus qu’un prétexte pour partir dans des tournées de plus en plus longues (9 mois pour le « MDNA Tour », contre 4 mois en moyenne auparavant). 
Et il y avait « W./E. », son film de réalisatrice qui, bien que bourré de défauts, était fait avec cœur, soin, y dévoilant des facettes d’elle jusqu’ici dissimulées. Bref, Madonna avait fait tout ce qu’elle avait à faire dans la pop, et ne faisait plus que de la musique pour partir en tournée, et ne partait plus en tournée que pour engranger du cash en attendant de pouvoir faire les projets qui lui tenaient vraiment à cœur .

Et puis…
 
Et puis, le « MDNA tour » est au niveau de ses meilleures tournées. Madonna s’y réinvente, en même temps qu’elle réinvente le genre. Madonna a inventé, en 2001, la forme du concert pop moderne que tout le monde depuis reproduit. Mais Jamie King, le metteur en scène habituel, n’est plus le metteur en scène de cette tournée. 
Résultat : plus de vidéo d’introduction, plus de découpage en 4 sections au thème style « cirque », « rock », « fête ». 
Au lieu de ça, une setlist thématique, presque narrative. Le début du concert raconte la descente aux enfers d’une gentille fille devenue « folle » (« Girl gone wild », qui commence dans une église avant de finir par faire la fête en disant, « like, hey hey hey »), dont les jeux dérapent un peu (« My love is a revolver, my sex is a killer ») avant de partir complètement en couille (« Gang bang », où elle tue les policiers à sa poursuite). Un bref écho de son passé ressurgit (« Papa don’t preach ») mais ne l’émeut pas (« I don’t give a fuck »). 
La partie sexuelle joue avec les identités de genre, la sexualité de groupe, se paye le luxe de donner une raison d'être à "Candy shop" (pas un mince exploit...) puis, dans une performance stupéfiante de « Like a Virgin », exprime la renaissance dans la douleur (je pourrais doubler la longueur de ce billet pour expliquer à quel point la performance de « Like a Virgin » est stupéfiante, mais ce ne serait pas raisonnable). 
La fin du concert repose sur le même principe d’organisation narrative de la setlist, en enchainant « I’m a sinner » où elle revendique son amour du pêché joyeux, qui se conclut par « Cyber-raga », obscure B-side de l’époque « Music » qui évoque son illumination spirituelle, avant « Like a prayer » pour finir, une fois la Lumière retrouvée, par une « Celebration ». 

Et le renouveau est poussé jusqu’à la mise en scène. L’arrivée dans l’équipe du metteur en scène du Cirque du Soleil se voit, tant les innovations sont nombreuses, les plus stupéfiantes étant les « drummer boys » posés sur scène par un bras mécanique, les cubes sur la scène et décor de théâtre au milieu d’un concert pop sur « Gang bang ». Et on a, de nouveau, le meilleur dans tous les domaines : les backdrops ne sont plus des fonds Windows Media, mais soit des éléments de décors (l’église pour « Girl gone wild », le chemin de fer pour « I’m a sinner ») soit une partie intégrante des jeux de lumière, mais ont en tout cas toujours une idée visuelle forte. Les danseurs sont géniaux, l’interlude sur « Best friend » montre un numéro de danse qui serait probablement gagnant à « La meilleure danse ». Chaque costume créé par Jean-Paul Gautier sur « Vogue » est une œuvre d’art. Et sur chaque chanson, un pas de chorégraphie, une idée de mise en scène dont le gif vous saute aux yeux. Les éclairages feront référence. Bref, on se retrouve sur chaque morceau à ne plus savoir où regarder tant il se passe de choses magiques en même temps. 

Et en plus de réinventer ses concerts, Madonna se réinvente elle même. 

Madonna est maintenant vieille. Elle a un peu arrêté la chirurgie lourde (bien éclairée ça fait illusion, de près elle a pris 10 ans), et son langage corporel ne ment plus : sa danse est moins dynamique qu’avant, et sa manière de se mouvoir montre qu’elle commence à approcher des 60 ans. Et c’est super. Les silhouettes qu’elle se créé pendant le concert, particulièrement la première, celle de vixen à mi-chemin d’un film de Russ Meyers et d’un James Bond, sont appropriées à son âge, ne cherchent pas à la dissimuler mais à l’exploiter. Ce qui est une innovation géniale : à quoi ressemble une silhouette pop féminine de 55 ans ? En y réfléchissant, on ne peut trouver que Cher comme exemple existant, mais Cher n’a jamais été une silhouette pop « active », il s’agissait plus de looks évoluant. Maintenant, on a une réponse : Madonna dans le MDNA Tour. Et ouais, Madonna montre ses fesses, se fait toucher par son mec de 24 ans en chantant « Erotica ». Le segment s’intitule « Transgression », parce qu’il travaille beaucoup sur la féminisation des corps masculins et inversement. Et parce qu’elle assume être sexuelle à son âge. Vingt ans après le livre « Sex », dont l’idée était de montrer qu’une femme pouvait contrôler, dominer sa sexualité sans être l’objet des hommes, Madonna se fout à poil quand ça veut dire quelque chose. Bref, Madonna semble enfin avoir compris que ce qui est révolutionnaire, ce n’était pas d’avoir 55 ans et de continuer comme si elle en avait 30, mais d’avoir 55 ans et de l’assumer sans renoncer à rien. 
Et elle redevient un peu humaine. Sur cette tournée, elle a pris l’habitude de faire ses répétitions devant les premiers spectateurs rentrés dans la salle. Ce qui est assez magique pour les mecs arrivés à 10h du mat’. Elle rend hommage dans une vidéo à de jeunes ados gays suicidés. Dans son discours, le 1er soir où j’y étais, elle prenait 2 minutes pour faire un discours gay-friendly. Le 2ème soir, elle prenait un moment pour remercier les fans qui venaient plusieurs fois, jurant qu’elle ne prenait rien de tout ça pour acquis, même au bout de 30 ans (?!). Et tout ça fait qu’au milieu de la tournée cash-machine, un petit lien personnel peut se reconstruire. 

Tout n’est pas parfait : les chansons en playback et la bande son de soutien, très présente, lui font une voix de chipmunk sous hélium aussi étrange que désagréable. Les chansons de son dernier album ne sont pas extraordinaires. Il manque peut-être une performance à couper le souffle en plus de « Gang bang » et « Like a Virgin ». La décision de jouer le spectacle en stade est impardonnable, tant il repose sur des mises en scènes théâtrales invisibles pour 95% des spectateurs de stade. 
Mais le « MDNA tour » confirme ce que les fans savent : avec ses tournées, Madonna a créé un genre, une forme d’expression artistique complète. Toutes ses autres activités – la musique, les clips, les photos, l’écriture, le cinéma, la comédie ne montrent que des facettes de son talent : le « MDNA Tour » les concentre toutes.


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