Pages

Thursday, November 22, 2012

[ALBUM REVIEW] Lotus de Christina Aguilera, par @damitago


Souvenez-vous, l'ami @damitago est déjà passé par ici cet été pour un excellent compte-rendu du concert parisien du Madonna. Tel le furet du Bois-Joli, il repasse par là pour se livrer à un exercice qui m'a fatigué avant même que me soit venue l'envie de m'y adonner : parler du nouvel album de Christina Aguilera. Car oui, malgré la médiocrité générale dudit album (mon avis), il est bon de s'attarder à nouveau sur le cas quasi-désespéré de celle qui, fut un temps, était tout en haut du pop game. 

Evacuons ça d’emblée : oui, en tant que popstar, Christina Aguilera ne correspond plus à rien. Il y a les déboires commerciaux, les looks affreux, les performances erratiques et, fait nouveau, l’absence de promotion. Elle n’est pas allée promouvoir sa musique dans le monde depuis 2005, la conséquence étant qu’elle ne vend plus quasiment plus rien en dehors des Etats-Unis, et il semble que la promotion de « Lotus » se résumera à quelques interviews données chez elle, et 3 performances. Elle n’aura jamais sérieusement fait la promotion de son lead single, fait assez inédit dans l’histoire de la pop. Les responsabilités sont probablement partagées entre elle qui n’a plus envie, sa maison de disque qui ne veut pas perdre d’argent, et le public qui s’en fout. Mais une popstar, ce n’est pas qu’un album, c’est une « ère » autour de chaque album. Des interviews, des performances, des photos, des clips. Idéalement, cela dure des mois, et c'est cohérent. L’ère « Bionic » était catastrophique mais riche, partant dans tous les sens mais bourrée de choses formidables. Il n’y aura pas eu d’ère « Lotus » du tout. 

Mais il reste à Christina quelque chose qui a toujours fait la différence: une âme. A l’heure où la pop est de plus industrielle, manufacturée, interchangeable, sa musique, depuis « Stripped » lui était personnelle. Elle semblait toujours à l’origine des chansons, s’exprimait à travers elles. Il y avait derrière chaque projet une démarche artistique forte. Cela avait connu une exception avec « Bionic » : après avoir fini « son » album, la maison de disque lui avait imposé d’enregistrer 3 chansons de Polow da Don. Après l’échec de « Bionic », la question était donc : Christina Aguilera allait-elle avoir le pouvoir (et l’envie) de faire un « vrai » album de Christina Aguilera, ou allait elle se soumettre (volontairement ou non) à un projet fait pour rentrer dans le rang? 


Il y a les signes extérieurs. Elle a toujours pris du temps entre chaque projet, et « Lotus » arrive seulement 2 ans après la bande originale de « Burlesque ». Il y a la tracklist, formatée à la norme actuelle (13 chansons + 3 deluxe) quand elle avait l’habitude de faire des albums très longs, avec des interludes. Il y avait la pochette, conceptuelle comme les précédentes mais atrocement mal photoshopée. Et puis les informations, anecdotiques mais qui révèlent des choses: l’album est composé d’un certain nombre de chansons prêtes à l’emploi, dont elle n’a pas, ou de manière très superficielle, participé à la création. La démo de « Blank Page », la chanson de Sia, était en ligne depuis longtemps. Elle n’a aucun crédit d’écriture sur « Your Body », « Just a fool » ou « Let there be love ». « Army of me » est l’adaptation d’une chanson française. Une video youtube d’un inconnu chantant « Sing for me » prouve que la chanson date d’il y a un an et demi, quand l’album n’avait pas été commencé. 

Bref, on se rend rapidement compte, ce qui s’entend de toute façon, qu’il y a 2 albums en un : le premier est une collection de chansons pop, plus ou moins industrielles, plus ou moins efficaces, certaines s’intégrant efficacement à son répertoire (« Blank page » ou « Army of me »), d’autres étant un véritable reniement de ce qui faisait sa spécificité (« Let there be love », « Around the world »). Et un deuxième album, composé de toutes les chansons crées avec Alex da Kid. Ces chansons ont un son cohérent, une même direction artistique, essayent des choses. Elle annonçait, aux prémisces du projet, des chansons pop mais introspectives et intimes sur les épreuves qu’elle avait traversé. C’est précisément ce que sont ces chansons. « Lotus intro », « Cease fire », « Best of me » : des chansons qui parlent d’elle, avec une volonté caractéristique d’explorer des sons, des manières de chanter, et l'expression d'un sentiment particulier. 

Christina Aguilera en "live" sur Lotus Intro, Army of Me et Let There Be Love aux American Music Awards le 18 novembre dernier

L’ironie est que tous ses albums sont un reflet de là où elle en est dans sa vie, et « Lotus » n'y fait pas exception. Il reflète le statut un peu étrange qu’elle a : encore assez célèbre pour avoir du Max Martin, sur la pente déclinante commercialement d’où certaines productions franchement cheap. Et surtout, un problème d’identité fondamental : elle est une popstar, mais comme on l’a vu, cela ne l’intéresse plus. A qui s’adresse-t-elle ? Elle semble vouloir attirer un public d’ados sans lequel on ne peut pas vendre de pop mais plus jamais les ados n’écouteront Christina Aguilera, et le public de trentenaires qui ont grandi avec elle ne sont pas là pour des conneries comme « Around the world ». Elle parle honnêtement de ses failles dans « Best of me » tout en continuant d’adopter un discours triomphaliste et guerrier dans « Army of me » et dans les interviews. 
Bref, l’album est un bordel incohérent parce que dans sa vie, dans sa carrière, et manifestement dans sa tête, c’est un bordel incohérent aussi. 

Malgré le flop annoncé (1), après lequel il sera très difficile de rebondir, l’écoute de « Lotus » laisse quand même de l’espoir, et son lot de satisfactions. Sa voix, même si elle semble abimée, reste magnifique dans des chansons comme « Blank Page », et son interprétation est toujours aussi riche. « Just a fool », le duo avec Blake Shelton, a un vrai potentiel commercial, et marque une excursion intéressante dans un style de pop plus mature, à destination d’un public adulte. Et surtout, on ne peut que rêver de ce qu’aurait été « Lotus » si il n’avait été signé que par Alex Da Kid, comme cela avait été le cas avec Scott Scorch pour « Stripped » et DJ Premier et Linda Perry pour « Back To Basics ». Au final, même si elle ne passe plus à la radio, même si sa maison de disque ne lui confie que des budgets réduits, elle aura toujours la possibilité de s’enfermer en studio avec un vrai producteur pour créer de la musique personnelle et originale. Et sur ce point, les bonnes chansons de « Lotus » confirment ce qu’on savait : quand elle se donne la peine de le faire, le résultat est magique.



(1) Lotus s'est classé 28ème des charts anglais en première semaine avec moins de 10 000 disques vendus, et est actuellement 102ème en milieu de seconde semaine. Aux USA, l'album entre 7ème, mais avec à peine 70 000 ventes au compte... Un flop bien comme il faut.

No comments: